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Apprendre que l'on est malade Version imprimable

Apprendre que l’on est malade est une chose.
Accepter la transformation physique, les traitements, c’est autre chose.

Mais, lorsque l’on n’est plus malade, on a envie de cette reconstruction rapidement, et envie qu’elle se fasse de la manière la plus simple.
J’ai dû attendre 6 mois afin d’avoir un rendez-vous chez le chirurgien, cette attente est terrible. Puis, le jour J arrive et là, j’ai été très étonnée par les réponses que j’ai entendues.
Pour moi, il a choisi le lambeau de grand dorsal, car je n’avais plus assez de peau au niveau de la poitrine.
Alors que je n’étais absolument pas préparée à tout ça, je l’ai très mal pris et je lui ai répondu que je n’avais pas envie qu’il me découpe le dos, pour me refaire le sein, que j’avais suffisamment de cicatrices, et pas envie d’en avoir d’autres.
Puis, il a expliqué que j’avais le choix d’aller voir un autre chirurgien, si sa méthode ne me convenait pas, il m’a même donné des noms ...
Puis, il a pris son agenda et m’a annoncé la date, à savoir un an plus tard. Alors là, j’ai été estomaquée. Dans ma tête, c’est comme si il y avait quelques chose qui raisonnait faux, pas possible ce délai, pas possible cette méthode. Comment est-ce possible de laisser toutes ces femmes dans la détresse si longtemps.
Donc, il fallait que j’accepte, d’où un suivi psychologique.

Parler à une personne qui ne juge pas, parler de sa colère, de ses angoisses, parler de son refus d’acceptation, parler ce que l’on ne comprend pas. Comment l’inacceptable peut, par la suite, avec des mots et du temps, devenir acceptable et un moment désiré, un moment de bonheur.

Perdre un sein m’a rendue plus sereine dans les pensées et ma manière de vivre. Être à l’écoute de soi, sans se juger ou se comparer à l’un ou l’autre.
Avec la psy, j’ai essayé d’accepter la méthode de reconstruction en me disant que finalement, ce sein allait être refait avec ma propre peau, mon propre muscle, que je me devais de l’accepter car c’était ma chair, mes tissus. Ce qui est dur, c’est que l’on se fait toujours un film, comme on aimerait qu’il soit, et lorsqu’on entend la réalité, on déchante.
Pourtant, aujourd’hui, je me dis qu’il m’a fallut ce temps d’attente afin d’accepter les choses. Je pense que je n’aurais pas été prête avant. C’est un peu idiot de dire ça, mais j’ai réouvert toutes les petites boites de douleurs, de cicatrices à panser, de non acceptation, afin de vivre la suite avec bonheur.

L’intervention n’est pas quelque chose d’anodin, mais à la clef, c’est une reconstruction de la part de féminité que j’ai perdue durant 1 an et demi.
J’ai par ailleurs appris que même s’il me manquait un sein, je n’en étais pas moins une femme, même si au début, tout en moi me disait le contraire. J’ai eu besoin que l’on me le dise, j’ai eu besoin que l’on me le montre, j’ai eu besoin de faire tout ce qu’une femme normale peut faire, afin de le ne pas perdre mon intégrité de femme.

Aujourd’hui, ce sein est le mien et je vais en prendre soin. Il est certes refait, mais ce n’est pas grave, j’ai retrouvé une forme sous ma peau ; et franchement, c’est bien mieux qu’une prothèse dans mon soutien-gorge. C’est lourd de porter ça toute la journée. C’est un corps étranger ... bref, elle ne t’appartient pas, puisqu’elle ne fait pas partie de toi.

Merci à mon chirurgien, de me permettre de prendre possession de nouveau de mes seins, d’y avoir mis son savoir faire.
Je suis ravie de m’être fait confiance. Ravie d’avoir su lui faire confiance. Ravie de ne pas avoir identifié mes craintes ou mes doutes, ou mes douleurs, à celles d’autres femmes car chaque personne a son caractère propre, sa manière de réagir.
Il ne faut pas écouter ou vivre toutes les craintes de notre entourage, croire que pour soi ce sera encore plus terrible, mais au contraire, cultiver la positivité, apprendre à entendre, écouter les paroles des professionnels, sans dramatiser et croire que l’on va avoir tous les effets secondaires, toutes les suites négatives aux opérations.

Pour ma part, le fait d’avoir fait le tri, le fait d’avoir juste pris les informations dont j’avais besoin m’a permis de vivre les événements correctement, sans trop d’appréhension.

Une personne n’est pas l’autre, et le film de sa vie est celui que l’on se fait. J’ai donc durant tout ce chemin, été l’actrice principale de mon histoire. Je me sens plus honnête avec moi même, plus vivante et plus mûre.
L’accompagnement mental a été primordial pour moi, à vous de voir s’il le sera pour vous.

Merci à tous les participants, docteurs, chirurgiens, infirmières, aides-soignants, chaque personne a eu son importance et je les remercie pour leur attention, leur professionnalisme.

Madame V., avril 2007 

Dernière mise à jour : ( 25-07-2007 )


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